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Guerre en Ukraine : les F-16 vont bientôt arriver, mais pour quoi faire ?

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Les premiers avions F-16 promis à Kiev sont, en ce début du mois de juin, sur le point d’arriver dans le ciel d’Ukraine. Comment cette arrivée est-elle préparée ? Et quel impact ces avions auront-ils ? Éléments de réponse.

Il y a comme un frémissement dans le ciel ukrainien. Alors que la Belgique vient d’annoncer qu’elle livrerait d’ici 2028 30 avions F-16 à Kiev, ceux promis il y a près d’un an par les pays occidentaux devraient bientôt pouvoir survoler le ciel d’Ukraine.

Un F-16 roumain en Lituanie, durant un exercice de l’Otan, en juin 2023.
Un F-16 roumain en Lituanie, durant un exercice de l’Otan, en juin 2023.

C’est en tout cas ce que laissent supposer un certain nombre d’éléments, relayés ces derniers jours par les observateurs occidentaux ou responsables ukrainiens.

Le 23 mai dernier, Politico indiquait que des pilotes ukrainiens avaient terminé leur formation. « Une source américaine me disait il y a quelques jours que la formation initiale était terminée pour certains pilotes », confirme à Ouest-France Yohann Michel, responsable du pôle Puissance aérienne de l’Institut d’études de stratégie et de défense. Un simulateur de vol en provenance de République tchèque a également été installé à Kiev. « Mais jusqu’où va l’exigence en matière de formation tactique ? » nuance-t-il toutefois. Si la prise en main des appareils semble être effectuée, toutes les spécificités du combat aérien n’ont peut-être pas été abordées.

À ces formations de pilotes, bien avancées malgré ces quelques réserves, s’ajoute celle des mécaniciens. Elle aussi a bien progressé puisque, le 22 mai, Illya Yevlash, porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, annonçait à des journalistes locaux, dont ceux de l’agence Ukrinform , que les premiers mécaniciens formés à la maintenance des F-16 étaient de retour sur le sol ukrainien. Ces mécaniciens pourront désormais « partager directement leur expérience avec nos hommes restés sur le territoire ukrainien », ajoutait Illya Yevlash.

Volodymyr Zelensky et la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, dans un avion F-16, au Danemark, en août 2023.
Volodymyr Zelensky et la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, dans un avion F-16, au Danemark, en août 2023.

.Par ailleurs, malgré les doutes qui, parfois, ont pu émerger, armement et munitions seront également disponibles. « Les Ukrainiens ont déjà reçu de l’armement air-air et, globalement, ces stocks sont moins touchés car ils sont moins employés », explique Yohann Michel.

Un déploiement efficace qui pourrait néanmoins attendre

L’arrivée de premiers appareils sur le front semble donc de plus en plus proche. Alors qu’il était jusqu’à présent question de mois, il n’est plus question que de semaines.

Mais cette arrivée n’implique pas qu’un déploiement efficace puisse être organisé dans la foulée. Pour que ces appareils puissent tenir un vrai rôle, plusieurs conditions doivent en effet être remplies. Les deux principales sont listées par Yohann Michel : « Il faut faire en sorte que les F-16 ne soient pas livrés par paquets de trois ou quatre et qu’il y ait suffisamment de pilotes bien formés ».

Un F-16 américain en Lettonie, en mars 2022.
Un F-16 américain en Lettonie, en mars 2022

Si ces conditions ne sont pas remplies, « leur efficacité sera réduite » et, note Yohann Michel, leur faible nombre « permettrait aux Russes de développer des contre-mesures avant que ces F-16 aient pu être utilisés massivement ». À l’automne 2023, c’est notamment ce qui était arrivé aux chars occidentaux utilisés par l’Ukraine lors de sa contre-attaque.

Un ciel ukrainien (un peu) plus clair

Si la nécessité de masser ces appareils pourrait retarder leur engagement effectif, le ciel ukrainien est en revanche déjà prêt à les accueillir. Ou, en tout cas, il l’est davantage qu’il y a quelques mois.

Depuis la fin de l’hiver, les troupes ukrainiennes ont abattu plusieurs avions-radars russes, tandis que des centres de commandements et des radars ont pu être frappés avec succès.

Un F-16 dans un hangar en Belgique, le 28 mai 2024.
Un F-16 dans un hangar en Belgique, le 28 mai 2024.

Les observateurs ne s’accordent pas pour dire si ces frappes ont été spécifiquement orchestrées pour l’arrivée des F-16 ou non. Néanmoins, une chose est sûre : « Ça a éclairci le ciel ukrainien », note Yohann Michel. Lorsqu’ils s’envoleront, les F-16 ukrainiens disposeront donc d’une plus grande marge de manœuvre que celle qu’ils auraient eu ces derniers mois.

Une défense antiaérienne ukrainienne renforcée

Cette marge de manœuvre, à quoi leur servira-t-elle ? « On parle surtout de défense antiaérienne », note Yohann Michel. « La livraison d’avions de chasse étend la panoplie d’outils que la défense aérienne ukrainienne au sens large va avoir à sa disposition ».

La défense antiaérienne des villes ukrainiennes, elle aussi en proie à une crise de munitions, devrait s’en trouver facilitée. Dans les zones proches du front, « le fait que les F-16 puissent enfin mener des interceptions à moyenne distance contre les bombardiers russes qui lâchent, en grand nombre, des bombes planantes à une cinquantaine de kilomètres de la ligne de front change la donne », note sur son blog Guillaume Ancel, ancien officier de l’armée de terre et observateur du conflit ukrainien.

Enfin, ces F-16 pourraient également être utilisés pour mener des frappes longue distance, comme celles menées récemment sur la Crimée occupée ou l’arrière du front russe. Des missions d’appui de troupes sol pourraient également être envisagées, dans certains contextes favorables.

Pas de bouleversements à attendre, mais…

Néanmoins, prévient Yohann Michel, difficile d’envisager que ces quelques dizaines d’appareils puissent changer clairement la donne sur le front. « Ces avions de combat ne constituent pas des armes de domination », confirme Guillaume Ancel. Malgré leur utilité antiaérienne, les F-16 à eux seuls ne permettront pas à l’Ukraine de repartir de l’avant, si tant est qu’elle puisse bien le faire à nouveau un jour.

Néanmoins, leur arrivée se superpose à celle de l’aide américaine votée fin avril, à celle, imminente elle aussi, des premiers obus issus de l’initiative tchèque et à des décisions politiques importantes, comme l’envoi par la France d’instructeurs sur le sol ukrainien où l’autorisation de frapper le sol russe avec des armes occidentales.

Un ensemble d’éléments qui permettra probablement aux Ukrainiens de stabiliser le front et, surtout, de regagner en confiance, voire en optimisme, en attendant le résultat des élections américaines. Pas le moindre des gains, dans un pays qui subit la guerre depuis plus de deux ans.

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